Hommage à Jacques Rigaud

Hommage à Jacques Rigaud - Photo Gérard FortierMadame la Ministre de la Culture et de la Communication,
Monsieur le Député du Gard,
Monsieur le Maire de Villeneuve lez Avignon,
Mesdames et Messieurs,
Chère Marianne Rigaud-Roy,
 
En ouvrant cette cérémonie d’hommage à Jacques Rigaud, alors que défilent les images qui nous le rendent presque présent, je veux vous remercier d’être venus si nombreux dans cette « salle gothique » de la Chartreuse pour saluer à plusieurs voix sa personne et son œuvre, avant de dévoiler la plaque qui donnera son nom à notre bibliothèque.
 
Je commencerai par un souvenir d’étudiant à Sciences-Po. J’ai découvert à ce moment là ses fiches en forme de portraits des figures de la Troisième et de la Quatrième République : c’étaient des esquisses d’une précision psychologique extraordinaire. On avait vraiment l’impression de rencontrer ces personnages, Clemenceau, Briand, Poincaré, Léon Blum, entre autres. Ce fut pour moi le premier indice de ce génie de la rencontre que Jacques Rigaud a déployé tout au long de sa vie très riche, de sa carrière très diverse, mais d’une diversité maîtrisée.
 
Dans le droit fil de ces plongées historiques, je relèverai son sens de la durée, de la continuité et de la responsabilité à l’égard de l’héritage reçu. Il a évoqué à plusieurs reprises ce qu’il appelle le mystère du patrimoine, et sa parenté avec un autre mystère, celui de la création. Il était particulièrement sensible à la vie des pierres, qui se confirme et se renouvelle tout à la fois avec le temps, mais sous certaines conditions : il faut savoir les écouter et les faire chanter, comme un bel instrument. C’est pourquoi Jacques Rigaud tenait à souligner que présider la Chartreuse, c’était être à son service, comme un intendant. Et dans une formule révélatrice, il confiait sa joie de voir le monument « rajeunir ».
 
Dans Le bénéfice de l’âge, paru en 1993, vingt ans après la création du CIRCA, il considérait qu’il faudrait encore vingt-cinq ans pour que la Chartreuse trouvât sa pleine mesure. Qui raisonne encore ainsi aujourd’hui, qui porte une telle intuition, dont nous sommes tous les heureux bénéficiaires?
 
Ce sens de la continuité, dans la réflexion comme dans l’action, permet de construire une vraie liberté, celle dont la création théâtrale a besoin, qui permet, l’échange, l’hospitalité, la confiance. Je pense à Cocteau disant à Diaghilev au moment où ce dernier débarque à Paris : « Etonne moi ! ». En serviteur passionné, Jacques Rigaud savait la part d’audace et d’irrévérence dont le théâtre a besoin pour sortir des contraintes et des conventions, pour donner une forme aux figures de nos rêves. Il ne cachait pas que certaines créations de la Chartreuse le laissaient perplexe, mais son dernier mot était : « Allez-y ! ».
 
La Chartreuse est à bien des égards issue d’un rêve ancien, si nous savons le reconnaître : c’est celui de l’abbaye de Thélème, imaginée par Rabelais, avec sa devise : « Fais ce que voudras ». Cette vision harmonieuse, née d’un temps de renouveau mais aussi de confrontation, reste pertinente aujourd’hui. En admirateur de Montaigne et de Montesquieu, Jacques Rigaud a su la porter, l’animer et la transmettre dans toute son action, mais particulièrement ici, à la Chartreuse, et il en était heureux. Il nous appartient, à nous tous, de prendre maintenant la relève, avec un sentiment de profonde gratitude.
 
Pierre Morel
Président du CIRCA la Chartreuse
Vendredi 12 juillet 2013

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