Discours d'Yves Dauge, président de l'ACCR

Réunion de la commission nationale des CCR du 5 janvier 2012 à Royaumont

Monsieur le Ministre, lors de notre réunion du 20 Juillet dernier, nous avions longuement parlé de nos Centres culturels de rencontre et vous aviez manifesté un vif intérêt pour ce réseau. Nous avions évoqué son origine avec l’action exemplaire de Jacques Rigaud auquel nous restons fidèles, son fondateur notamment à la Chartreuse de Villeneuve, et bien sûr, parlé de notre avenir.
 
Je vous avais demandé de bien vouloir réunir notre Commission Nationale dont nous avons déploré les trop rares convocations.
Nous sommes en effet très attachés à notre appartenance à la politique publique nationale qu’elle incarne. C’est l’instance qui peut seule accorder ce label qui nous est si nécessaire et qui doit évaluer aussi les politiques menées.
Vous avez alors demandé que la Commission se réunisse et vous avez voulu que ce soit dans un de nos Centres pour marquer votre attachement à la dimension territoriale de notre action. Vous avez, vous-même, pensé à Royaumont, un de nos Centres historiques qui porte bien toutes nos ambitions.
Aujourd’hui, à l’occasion de la réunion de la Commission, c’est donc avec un grand plaisir que nous nous retrouvons tous ici, élus, directeurs, personnels autour de vous et du Président Jacques Legendre que nous apprécions tous. Au-delà, c’est une marque de confiance dont nous avons besoin pour convaincre, entraîner tous les acteurs qui nous accompagnent chaque jour.
Au nom de tous, soyez donc sincèrement remercié.
 
Je vous avais également demandé de bien vouloir agir au sein de votre ministère pour que toutes vos directions soient bien mobilisées afin de suivre notre Association Nationale et mieux partager l’aide précieuse que vous nous apportez. Je veux ici saluer le travail fait, de longue date, avec M. Jean-François Chaîntreau puis avec M. Christopher Miles et Mme Carole Spada qui ont rejoint plus récemment le Secrétariat général et bien sûr avec votre conseiller, M. Pierre Lungheretti, directeur adjoint du cabinet.
Pour répondre à notre demande, vous avez, missionné le Secrétariat Général du ministère afin d’assurer cette coordination et cohérence entre directions tout à fait indispensable et nous nous en félicitons.
 
Je souhaite revenir sur quelques éléments fondateurs de l’action de nos Centres et de notre Association.
 
Concernant notre Association, je veux insister sur l’esprit qui nous anime. Nous sommes au service des Centres en essayant d’être à leur écoute, en apportant des synergies, des échanges, des dimensions que seule l’action collective peut permettre. Il nous faut avoir « une représentation nationale et surtout une vision partagée, un enrichissement mutuel ». Notre force vient des Centres eux-mêmes et notre gouvernance ne peut être que démocratique.
 
A cet égard, je veux remercier Isabelle Battioni, notre Déléguée générale qui vient de ce bel exemple que représente le Centre culturel de rencontre d’Ambronay où notre ami Alain Brunet avait déjà mesuré ses compétences et qualités humaines. Pour moi, pour tous, c’est toujours une joie de travailler avec elle et son équipe, et je peux dire que les relations constantes, avec vos services, s’en sont beaucoup enrichies grâce à elle.

Je veux remercier aussi l’exceptionnelle qualité des directeurs et de leurs équipes, leurs implications dans la gestion de notre Association, à commencer par Francis Maréchal, qui nous accueille aujourd’hui à Royaumont. C’est une chance pour notre pays d’avoir dans ces lieux remarquables, de telles compétences, un tel professionnalisme au service de la culture et cela dans la durée.
 

Concernant nos missions, nous devons réaffirmer que la toute première, celle qui a été fondatrice de nos Centres, est bien de faire vivre et valoriser nos patrimoines avec le souci constant de la création.
Création dans nos monuments eux-mêmes par une approche contemporaine des aménagements, des travaux, du mobilier avec les architectes et les artistes qui ont toujours leurs places à nos côtés. Création aussi et surtout grâce, en particulier, à l’accueil d’artistes français et étrangers en résidence avec l’aide des bourses Odyssées soutenues par votre ministère.
 
Evidemment cette mission de création est indissociable de celle de la formation et de l’insertion professionnelle de jeunes artistes et auteurs, de techniciens du spectacle. Elle est aussi indissociable de la sensibilisation des publics en particulier des jeunes grâce à un lien privilégié avec les établissements d’enseignements, écoles primaires, collèges, lycées. On doit reconnaître ici un rôle essentiel de nos Centres dans cette action qui consiste à faire découvrir, comprendre, aimer les artistes dans leurs démarches, leurs oeuvres, « à étendre le pays de l’art ».
Mais les temps ont changé depuis l’origine. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une situation économique et sociale très difficile, qui a créé souvent un sentiment d’abandon et de doute dans la population. Nous ne pouvons en rester au constat, il nous faut réagir et chacun s’accorde à penser que, dans ce contexte, la place de l’éducation et de la culture est plus que jamais essentielle.
• Nos Centres se sont donc engagés dans un travail constant en lien avec les régions, les départements, les communes vers des publics trop souvent isolés, ignorés. Le monde associatif est ici pour nous un relai décisif pour agir, par exemple contre l’illettrisme.
 
Nous avons enfin une relation unique avec les « territoires », notamment et surtout avec le monde rural. Nos Centres y apportent leur dimension d’innovation, de recherche, de nouvelles technologies, d’échanges européens et internationaux. C’est ainsi que nos Centres sont en relation étroite et constante avec le tissu économique, les multiples initiatives des petites et moyennes entreprises et pas seulement dans le domaine du tourisme. Leurs actions contribuent au rayonnement de cette France rurale, à son attractivité et au bien-être des personnes qui y habitent et qui sont parfois isolées du monde culturel. Nous sommes au coeur de la grande richesse de cette France, de ses paysages, de ses villes petites et moyennes dont l’attractivité est à redévelopper grâce à la culture et l’innovation face à une métropolisation, certes nécessaire, mais qui ne peut être le seul mode de développement. Elle a ses avantages mais aussi ses dérives.
 
C’est ici qu’il nous faut souligner le très grand engagement des départements, des régions, des communes qui comprennent de plus en plus combien la culture et la création dans ces lieux historiques exceptionnels deviennent déterminantes dans les politiques d’aménagement du territoire. On peut dire qu’avec ce réseau, l’Etat et les collectivités locales disposent de façon irremplaçable d’outils au service d’une politique d’aménagement du territoire qu’il nous faut réinventer, il n’y a pas que le rond point ou l’échangeur pour l’attractivité !!

Je veux ajouter que nous voulons être ouverts sur l’Europe et le Monde. Nous sommes en relation de plus en plus active avec une trentaine de Centres européens et internationaux. Nous nous sommes réunis récemment à Luxembourg dans le Centre culturel de rencontre de Neumünster et nous avons mesuré combien le concept des C.C.R. avait inspiré cet équipement exceptionnel, comme tant d’autres en Europe.

Cette dimension européenne va se renforcer. Au-delà même de l’Europe, nous sommes en relation avec des projets de Centres culturels en Chine, en Inde et au Japon. Prochainement nous signerons une convention avec l’Institut français pour coordonner et renforcer nos actions.
Une nouvelle phase de développement s’annonce donc dans notre mouvement. Les candidatures nombreuses qui se manifestent pour nous rejoindre en témoignent. C’est une bonne nouvelle dans une époque de si grandes interrogations.
 
Nous avons dit voici quelques jours à Jacques Rigaud qu’il pouvait être fier et confiant pour l’avenir de ce qu’il avait entrepris voici 40 ans.
Nous pensons donc être plus que jamais à vos côtés avec les collectivités locales, engagés dans une action destinée à donner du sens et de l’envie de vivre à une génération qui a besoin de s’ouvrir et veut participer au monde de la création.
A l’heure du numérique dans laquelle nous sommes entrés, cette génération saura donner une ampleur inégalée à notre action.
 
le 2 Janvier 2012
Yves DAUGE
Ancien Sénateur d’Indre-et-Loire
Président de l’Association des Centres culturels de rencontre
 


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