Sept spectacles, dix soirées de lectures et de débats et une exposition : les 53es Rencontre(s) d’été de la Chartreuse proposent une programmation internationale, intergénérationnelle, qui fait dialoguer des langues, des corps, des mémoires et des imaginaires à l’écoute du monde comme il s’écrit, comme il se danse, comme il se dit et se vit.
Au théâtre, la langue des signes de Christian et François Gremaud (Mon Frère) fait voir et entendre autrement la fraternité dans la création, le jeune auteur Marcos Caramés-Blanco, mis en scène par Nathalie Bensard, explore les lois impitoyables du collège dans Teen Play ; Carole Fréchette et Marion Coutarel donnent la parole à Ismène, la sœur qui se tait. La danse, elle, déploie toute sa puissance collective : Massimo Fusco transforme le grand cloître en piste de danse pour un bal participatif (Bal Magnétique), Adél Juhász fait de l’angoisse la source de sa force de création (I Need Help Immediately), Géraldine Chollet revient enchanter le public avec une chorégraphie-monde (La Tendresse du ventre de la baleine) et, habitué du festival d’Avignon mais pour la première fois dans le Tinel, Boris Charmatz crée un solo tout en silence (Muette) qui semble être pensé pour l’esprit du lieu.
Avec les spectacles, le programme de lectures et débats, Le Monde comme s’il s’écrit, propose dix soirées d’exploration d’un archipel d’écritures contemporaines : des auteur·rices venu·es d’Iran, d’Ukraine, de Suisse, du Québec et de France — Samaële Steiner, Jessica Biermann Grunstein, Giovanny Germany, Roberto Jean, Haïla Hessou, Hossein Rajabian, Nina Zakhozhenko, Ihor Nossovsky — font exploser les langues, interrogent les mémoires et bousculent les formes de la dramaturgie. Avec Alfred Alexandre, nous passons en Caraïbe pour interroger nos représentations des théâtres francophones, et comment écrire des bords de l’Empire, écrire avec son magico, et toujours, écrire pour inventer, pour faire bouger le Monde.
C’est dans ce site exceptionnel qu’est la Chartreuse que tout se noue et se dénoue : le choc et la tendresse, le joyeux et le grave, le proche et le lointain se rencontrent et conversent, de la place Saint-Jean sous le soleil du soir au déambulatoire baigné d’ombre fraîche, jusqu’à la douceur des Jardins d’été. L’exposition de l’artiste Mathieu Abonnenc, Le Grand Fleuve, ouvre ces semaines festives en résonance avec toute la dimension théâtrale des propositions spectaculaires.
Avec ses trois hectares, ses espaces uniques et atypiques, la Chartreuse est bien plus qu’un cadre agréable, elle est le berceau de projet futurs, la place de retrouvailles et de nouveaux dialogues. C’est ici, dans cette alchimie unique de pierre et de parole, que le Monde comme il s’écrit prend corps, prend voix, prend vie.
Marianne Clevy
Directrice générale de la Chartreuse